Le critère carbone s’est invité dans les grilles d’appel d’offres transport sans que la plupart des chargeurs sachent encore l’exiger correctement. Une entreprise qui achète une prestation de transport a aujourd’hui le droit d’obtenir de son transporteur une information chiffrée sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) de chaque envoi, dans un délai précis, sur un périmètre de calcul défini par la réglementation.
Cet article donne la méthode complète : le texte qui fonde l’obligation, la formule de calcul, des facteurs d’émission réels par classe de véhicule, un exemple chiffré de bout en bout et les leviers qui réduisent effectivement les émissions, avec leur gain mesuré. L’objectif n’est pas de décrire une intention RSE (responsabilité sociétale des entreprises), mais de donner à un responsable RSE ou un acheteur transport de quoi mesurer, comparer et exiger.
Une précision de vocabulaire s’impose avant d’aller plus loin : dans cet article, RSE désigne la responsabilité sociétale des entreprises. Le même sigle recouvre, dans un contexte social européen, la réglementation sociale européenne applicable aux temps de conduite des conducteurs : ce sujet n’est pas traité ici et fait l’objet d’un cluster distinct.
| Sujet | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|
| Obligation légale | Article L1431-3 du code des transports, décret n° 2017-639 du 26 avril 2017 : information GES obligatoire pour toute prestation dont le départ et l’arrivée sont en France, quelle que soit la taille de l’entreprise |
| Délai de communication | Deux mois après la fin de la prestation, à défaut d’accord entre les parties |
| Sanction | Amende administrative jusqu’à 3 000 € en cas de manquement, en vigueur depuis le 1er janvier 2025 |
| Périmètre de calcul | Puits à la roue : production et distribution du carburant (amont énergétique) additionnées à la combustion |
| Formule de calcul | Émissions (gCO2e) = masse transportée (t) × distance (km) × facteur d’émission (gCO2e/t.km) |
| Écart type de véhicule | Un utilitaire léger chargé à 0,46 t émet environ 1 099 gCO2e/t.km, contre 86 gCO2e/t.km pour un ensemble articulé de 40 t : le facteur qui domine est le taux de remplissage, pas seulement la motorisation |
| Norme technique | ISO 14083:2023 (quantification des émissions des chaînes de transport), qui remplace la norme EN 16258 |
| Cadre européen | Règlement CountEmissions EU (règlement (UE) 2026/1030), entré en vigueur le 1er juin 2026, aligné sur l’ISO 14083, à ce jour volontaire |
| Reporting entreprise | BEGES obligatoire au-delà de 500 salariés (article L229-25 du code de l’environnement), CSRD recentrée par l’Omnibus sur les entreprises de plus de 1 000 salariés et 450 M€ de chiffre d’affaires |
| Levier le plus direct | Le taux de parcours à vide national avoisine 17 à 18 % : le combler par le groupage ou l’optimisation de tournées réduit l’émission par envoi sans changer de véhicule |
Pourquoi le carbone est devenu un critère d’achat transport
Le transport routier de marchandises n’est plus seulement évalué sur le prix et le délai. Le secteur des transports représentait, en 2024, 124,9 millions de tonnes de CO2 équivalent, soit 34 % des émissions nationales hors utilisation des terres, ce qui en fait le premier secteur émetteur devant l’agriculture (21 %) ; le transport routier concentre à lui seul 94 % des émissions du secteur transport (Citepa, inventaire Secten, édition 2026). Cette masse d’émissions explique pourquoi le poste transport figure désormais, presque systématiquement, dans le scope 3 (émissions indirectes, amont et aval) des bilans carbone d’entreprise.
Conséquence concrète pour un acheteur : le critère carbone entre dans les grilles d’évaluation des appels d’offres, aux côtés du prix, de la qualité de service et de la conformité documentaire. Un chargeur qui construit son cahier des charges de sélection d’un transporteur trouvera la méthode complète pour cadrer cette consultation, y compris la place du critère environnemental parmi les autres critères de choix, dans notre guide de l’achat de prestation de transport. Le présent article se concentre sur la partie qui manque le plus souvent : comment mesurer, comparer et exiger un chiffre carbone fiable, plutôt que de se contenter d’une déclaration d’intention.
C’est précisément le point faible observé sur de nombreuses pages « RSE » de transporteurs : des engagements formulés en termes généraux (« nous nous engageons pour l’environnement »), sans facteur d’émission, sans méthode de calcul, sans référence au cadre réglementaire qui s’applique pourtant à toute la profession depuis 2017. Un chargeur qui sait ce qu’il a le droit d’exiger n’a plus besoin de se satisfaire de ce type de formulation.
L’obligation légale : ce que vous pouvez exiger de votre transporteur
Le texte qui fonde l’obligation
L’article L1431-3 du code des transports impose à « toute personne qui commercialise ou organise une prestation de transport de personnes, de marchandises ou de déménagement » de fournir au bénéficiaire une information sur la quantité de gaz à effet de serre émise par les modes de transport utilisés. Le dispositif initial, limité au CO2, date du décret n° 2011-1336 du 24 octobre 2011. Il a été étendu à l’ensemble des gaz à effet de serre (méthane, protoxyde d’azote, gaz fluorés) par le décret n° 2017-639 du 26 avril 2017, dont les modalités d’application sont précisées par l’arrêté du 26 avril 2017. C’est ce texte, et non une version plus ancienne, qui s’applique aujourd’hui.
Le champ d’application est large : environ 85 000 entreprises françaises sont concernées, sans seuil de chiffre d’affaires ni d’effectif qui exempterait les petites structures. Seule restriction de périmètre géographique : l’obligation ne porte que sur les prestations dont le point de départ et le point d’arrivée sont tous deux situés en France (ministère chargé des transports, information GES des prestations de transport). Un transport international reste, en la matière, hors du champ strict du décret français, même si de nombreux transporteurs appliquent la même méthode par cohérence commerciale.
Ce que le chiffre doit couvrir, et sous quel délai
Le calcul doit être réalisé sur un périmètre dit « puits à la roue » : il additionne les émissions de la phase amont du carburant (extraction, raffinage, transport, distribution de l’énergie) et celles de la combustion pendant le trajet. Un facteur d’émission qui ne couvrirait que la combustion sous-estimerait systématiquement le résultat, parfois de façon significative pour les motorisations dont l’amont énergétique pèse lourd (électricité, hydrogène).
Le délai de communication au bénéficiaire, à défaut d’accord contractuel différent entre les parties, est de deux mois à compter de la fin d’exécution de la prestation. Un chargeur peut donc réclamer, pour chaque expédition facturée, la quantité de GES associée : le silence du transporteur au-delà de ce délai constitue un manquement à l’obligation légale, pas une simple négligence commerciale.
Une sanction récente, encore mal connue de la profession
Pendant douze ans, cette obligation a existé sans aucune sanction associée, ce qui explique en grande partie le faible taux de conformité observé sur le marché, estimé à environ 40 % des entreprises concernées par la presse professionnelle du secteur. Depuis le 1er janvier 2025, tout manquement est passible d’une amende administrative dont le montant ne peut excéder 3 000 €, prononcée par le préfet après une mise en demeure restée sans effet. Ce levier reste modeste comparé au montant d’un contrat de transport, mais il change la nature de la demande : exiger l’information GES n’est plus une faveur commerciale, c’est rappeler une obligation légale sanctionnée.
Les quatre niveaux de précision du calcul
La réglementation distingue quatre niveaux de qualité de donnée, du plus générique au plus précis. Le niveau 1 repose sur des valeurs par défaut publiées par mode et par type d’activité : c’est la seule méthode ouverte aux prestataires de moins de 50 salariés, en simplification et non en exemption de l’obligation elle-même. Le niveau 2 correspond à une moyenne calculée par le transporteur sur l’ensemble de son activité. Le niveau 3 décompose cette moyenne par schéma logistique, type d’itinéraire ou client. Le niveau 4, le plus exigeant, s’appuie sur les données réelles de la prestation (consommation du véhicule, chargement effectif, itinéraire suivi) : c’est le niveau que permettent d’atteindre des documents de transport correctement renseignés et exploités, plutôt qu’une simple valeur forfaitaire par défaut.
| Obligation | Entreprise concernée | Échéance / seuil |
|---|---|---|
| Information GES de la prestation (décret n° 2017-639) | Tout organisateur ou commercialisateur de transport, sans seuil d’effectif | Communication sous deux mois après la prestation ; sanction jusqu’à 3 000 € depuis le 1er janvier 2025 |
| Bilan des émissions de gaz à effet de serre, BEGES (article L229-25 du code de l’environnement) | Personnes morales de droit privé de plus de 500 salariés en métropole (250 en outre-mer) | Mise à jour tous les quatre ans ; amende jusqu’à 50 000 € (100 000 € en cas de récidive) en cas de défaut |
| CSRD (directive sur le reporting extra-financier), après l’Omnibus | Entreprises dépassant 1 000 salariés ET 450 M€ de chiffre d’affaires net | Calendrier décalé selon la vague : à revérifier, un nouveau report reste possible |
| Règlement CountEmissions EU (règlement (UE) 2026/1030) | Entreprises de l’Union européenne qui choisissent de divulguer leurs émissions de transport | Entré en vigueur le 1er juin 2026 ; cadre volontaire, application complète visée fin 2030 |
ISO 14083 et CountEmissions EU : le cadre européen qui s’ajoute au décret français
Le décret n° 2017-639 reste, à la date de rédaction de cet article, le texte obligatoire applicable en France. Deux évolutions récentes viennent néanmoins compléter ce cadre, et un chargeur qui traite avec des transporteurs opérant à l’échelle européenne a intérêt à les connaître.
La norme technique ISO 14083:2023, intitulée « Quantification et déclaration des émissions de gaz à effet de serre issues des opérations des chaînes de transport », remplace la norme EN 16258:2012, retirée fin 2023. Elle couvre tous les modes de transport, y compris les opérations d’entrepôt et de plateforme (hub), et s’appuie notamment sur le GLEC Framework (Global Logistics Emissions Council), référentiel élaboré par Smart Freight Centre et largement repris par les grands groupes de logistique internationale. Elle n’a pas de valeur obligatoire en droit français : c’est une norme de référence technique, pas un texte réglementaire.
Le règlement (UE) 2026/1030 du 29 avril 2026, dit CountEmissions EU, entré en vigueur le 1er juin 2026, établit une méthodologie harmonisée de calcul des émissions de transport « de porte à porte », explicitement alignée sur l’ISO 14083. Il s’agit à ce stade d’un cadre volontaire : il s’adresse aux entreprises de l’Union qui choisissent de publier leurs émissions de transport selon une méthode commune et vérifiable, sans imposer cette publication. Les actes d’exécution qui préciseront les détails techniques restent à publier, et la Commission européenne annonce une application complète du dispositif à l’horizon de la fin de l’année 2030 (règlement (UE) 2026/1030). En clair : en France, l’obligation qui s’impose reste celle du décret n° 2017-639 ; le règlement européen dessine le cadre méthodologique vers lequel les pratiques convergent, sans encore le rendre contraignant pour toutes les entreprises.
Comment calculer l’empreinte carbone d’un transport routier
La formule et ses deux variantes
La méthode de référence, reprise par le programme EVE (Engagements volontaires pour l’environnement, piloté par l’ADEME, l’agence de la transition écologique, et le ministère chargé des transports), tient en une formule : les émissions, en grammes de CO2 équivalent (gCO2e), résultent de la masse transportée en tonnes, multipliée par la distance parcourue en kilomètres, multipliée par un facteur d’émission exprimé en gCO2e par tonne-kilomètre (t.km). Une seconde variante, utilisée quand la consommation réelle est connue (niveaux 3 et 4), multiplie directement la consommation d’énergie (en litres, kilogrammes ou kilowattheures) par le facteur d’émission du carburant correspondant.
Le facteur d’émission du carburant fait référence à la Base Carbone®, désormais intégrée à la Base Empreinte® de l’ADEME : pour le gazole routier à la pompe, ce facteur, périmètre puits à la roue, s’établit à 3,10 kgCO2e par litre. C’est ce chiffre qui sert de base à la plupart des calculs de niveau 2 à 4 réalisés à partir de relevés de consommation réels.
Des facteurs qui varient fortement selon la classe de véhicule et le chargement
Le facteur d’émission par tonne-kilomètre n’est pas une propriété fixe du véhicule : il dépend directement du rapport entre la charge réellement transportée et la capacité du véhicule. Le tableau ci-dessous reprend les valeurs de niveau 1 publiées au tableau 19 (« données agrégées de niveau 1, transport routier de marchandises ») du guide officiel « Information GES des prestations de transport » cité plus haut, pour des configurations réelles d’exploitation en gazole routier ; la charge retenue par catégorie de véhicule y intègre déjà les trajets à vide, ce n’est donc pas la charge utile maximale du véhicule.
| Classe de véhicule | Charge retenue (moyenne, à vide inclus) | Facteur d’émission | Source |
|---|---|---|---|
| Véhicule utilitaire léger, 3,5 t de PTAC (activité express, plis et courses) | 0,26 t | 1 945 gCO2e/t.km | Guide officiel « Information GES des prestations de transport », tableau 19 |
| Véhicule utilitaire léger, 3,5 t de PTAC (activité express, colis) | 0,46 t | 1 099 gCO2e/t.km | Guide officiel « Information GES des prestations de transport », tableau 19 |
| Porteur, 12 t de PTAC (marchandises diverses) | 1,80 t | 421 gCO2e/t.km | Guide officiel « Information GES des prestations de transport », tableau 19 |
| Porteur, 19 t de PTAC (activité express) | 2,50 t | 341 gCO2e/t.km | Guide officiel « Information GES des prestations de transport », tableau 19 |
| Ensemble articulé, 40 t de PTRA (marchandises diverses, longue distance) | 12,50 t | 86 gCO2e/t.km | Guide officiel « Information GES des prestations de transport », tableau 19 |
La lecture de ce tableau répond directement à la question que se posent la plupart des chargeurs : pourquoi un petit véhicule, apparemment plus économe en carburant à l’unité, affiche-t-il une empreinte par tonne-kilomètre très supérieure à celle d’un poids lourd ? La réponse tient au dénominateur, pas au numérateur. Un utilitaire léger en tournée de messagerie urbaine roule le plus souvent avec quelques dizaines à quelques centaines de kilogrammes à bord, loin de sa charge utile théorique ; un ensemble articulé bien chargé répartit ses émissions sur des dizaines de tonnes. Entre les deux exemples les plus extrêmes du tableau, le rapport dépasse un facteur 20. C’est pourquoi le premier levier de réduction n’est presque jamais le changement de motorisation : c’est le taux de remplissage, traité en détail plus bas et développé, du point de vue du calcul de la charge utile d’un véhicule, dans notre article dédié.
Exemple de calcul complet : une palette de 800 kg entre Lyon et Toulouse
Prenons un cas concret : l’envoi d’une palette de 800 kg (0,8 t) entre Lyon et Toulouse, une liaison régulière du réseau français, sur une distance routière d’environ 360 km. L’envoi est expédié en groupage, sur un porteur mutualisé avec d’autres colis, plutôt qu’en chargement complet dédié.
- Étape 1, identifier la donnée d’activité. Masse : 0,8 t. Distance : 360 km. Résultat intermédiaire : 0,8 × 360 = 288 tonnes-kilomètres (t.km).
- Étape 2, choisir le facteur d’émission adapté au véhicule réellement utilisé. Pour un porteur circulant en groupage, avec un taux de chargement proche de celui observé pour l’activité « express » du tableau ci-dessus (341 gCO2e/t.km pour un porteur de 19 t), c’est ce facteur qui s’applique en niveau 1, à défaut de donnée réelle plus précise.
- Étape 3, appliquer la formule. Émissions = 288 t.km × 341 gCO2e/t.km = 98 208 gCO2e, soit environ 98,2 kgCO2e pour l’ensemble du trajet.
- Étape 4, rapporter le résultat à l’envoi. Le chiffre de 98,2 kgCO2e correspond à ce que le transporteur doit être en mesure de communiquer au chargeur, sous deux mois, au titre de l’information GES réglementaire, avec la mention du niveau de précision utilisé (ici, niveau 1, valeur par défaut).
- Étape 5, comparer avec un chargement complet dédié. Si la même palette de 800 kg était acheminée seule sur un porteur ou un ensemble articulé dédié plutôt qu’en groupage, le facteur d’émission grimperait fortement (le véhicule ne transporte quasiment que cette palette au regard de sa capacité), ce qui illustre concrètement l’intérêt du groupage sur ce type de trajet inter-régional.
Ce calcul, reproductible pour n’importe quel couple origine-destination et n’importe quelle masse, est exactement ce qu’un chargeur peut demander à son transporteur de documenter, envoi par envoi ou en moyenne mensuelle selon le niveau de précision retenu.
Les leviers qui réduisent réellement les émissions
Combler les trajets à vide, le levier le plus direct
Selon l’enquête sur l’utilisation des véhicules de transport routier de marchandises du SDES (service statistique du ministère chargé des transports), la part des trajets effectués à vide, pour le transport routier de marchandises pour compte d’autrui, se situerait, selon les compilations sectorielles qui exploitent cette enquête, dans un ordre de grandeur de 17 à 18 % des kilomètres parcourus, sans qu’une publication du SDES isole ce taux consolidé pour l’année en cours (SDES, enquête TRM, utilisation des véhicules routiers de marchandises). Chaque kilomètre parcouru à vide émet du CO2 sans transporter la moindre tonne utile : rapporté à la tonne-kilomètre, son coût carbone est théoriquement infini. Réduire ce taux, par une meilleure organisation des tournées retour ou par le recours à une bourse de fret, déplace directement l’empreinte moyenne de l’ensemble d’une flotte, sans aucun investissement en véhicule.
Groupage, report modal et optimisation de tournées
Le groupage de plusieurs envois sur un même véhicule relève mécaniquement le taux de chargement et fait donc baisser le facteur d’émission par tonne-kilomètre, comme le montre l’écart observé plus haut entre les configurations « express, faible charge » et « express, charge groupée » d’un même véhicule. Le recours au chargement partiel (LTL, less than truckload) plutôt qu’à un véhicule dédié procède du même principe.
Le report modal, c’est-à-dire le recours au rail ou à la voie fluviale sur une partie du trajet quand la géographie et les délais le permettent, réduit fortement l’intensité carbone du segment concerné : le rail émet, selon les ordres de grandeur couramment cités par les référentiels sectoriels, plusieurs fois moins de gCO2e par tonne-kilomètre que la route sur une même distance. Ce levier reste toutefois limité par la disponibilité d’un embranchement ferroviaire ou fluvial aux deux extrémités du trajet, ce qui explique qu’il concerne surtout les flux massifiés et récurrents, pas la messagerie urgente.
L’optimisation de tournées, appuyée sur des outils de planification et sur le cross-docking pour la distribution locale, agit sur deux paramètres à la fois : elle réduit la distance totale parcourue et augmente le taux de chargement moyen des véhicules affectés à une zone de livraison.
Écoconduite et motorisations alternatives
La formation à l’écoconduite des conducteurs poids lourd produit un gain de consommation carburant estimé, selon les sources, entre 10 % (évaluation de l’ADEME) et 20 % (retours de formations spécialisées) : cette fourchette large tient à la difficulté d’isoler l’effet de la formation des autres variables (trafic, relief, météo), mais l’ordre de grandeur est constant d’une source à l’autre.
Les motorisations alternatives affichent des gains substantiels en analyse de cycle de vie, à condition de connaître leurs limites d’usage : le B100, biodiesel produit à partir d’huile végétale, réduit les émissions de CO2 d’environ 60 % par rapport au gazole fossile, mais nécessite un moteur compatible et n’est pas disponible sur l’ensemble du réseau de distribution. L’huile végétale hydrotraitée (HVO), notamment quand elle est produite à partir d’huiles usagées, peut atteindre une réduction de l’ordre de 82 %. Le bioGNC (biométhane comprimé) affiche une réduction de l’ordre de 79 %, mais suppose un maillage de stations d’avitaillement encore inégal selon les régions. Le poids lourd électrique à batterie réduit les émissions de 70 à 90 % avec un mix électrique décarboné, mais seulement de 45 à 65 % avec le mix électrique moyen européen actuel ; son autonomie et son temps de recharge restent, à ce jour, une contrainte forte sur les longues distances et les tonnages élevés.
| Levier | Gain constaté | Limite d’usage |
|---|---|---|
| Réduction des trajets à vide (optimisation, bourse de fret) | Taux national de vide de l’ordre de 17 à 18 % à combler | Suppose une visibilité sur les flux retour, pas toujours disponible sur des trajets ponctuels |
| Groupage / chargement partiel | Facteur d’émission par tonne-kilomètre divisé par plusieurs sur un même véhicule mieux rempli | Allonge parfois le délai de livraison (passage par une plateforme) |
| Report modal (rail, fluvial) | Intensité carbone très inférieure à la route sur le segment concerné | Nécessite un embranchement aux deux extrémités ; peu compatible avec l’urgence |
| Écoconduite | 10 à 20 % de carburant économisé | Gain variable selon le trafic, le relief et la régularité de la formation |
| B100 (biodiesel végétal) | ≈ 60 % de CO2 en moins qu’un gazole fossile | Compatibilité moteur requise, disponibilité limitée |
| HVO (huile hydrotraitée, huiles usagées) | Jusqu’à ≈ 82 % de CO2 en moins | Approvisionnement encore restreint |
| BioGNC | ≈ 79 % de CO2 en moins | Maillage de stations d’avitaillement inégal |
| Électrique à batterie | 45 à 90 % selon le mix électrique | Autonomie et temps de recharge limitants sur longue distance et fort tonnage |
Le carbone du transport dans le reporting de l’entreprise cliente
Pour un chargeur soumis lui-même à des obligations de reporting extra-financier, l’émission de son transporteur n’est pas une donnée isolée : elle alimente son propre scope 3 (émissions indirectes en amont et en aval de son activité), la catégorie où se concentrent le plus souvent les émissions du transport et de la distribution.
Le bilan des émissions de gaz à effet de serre (BEGES), fondé sur l’article L229-25 du code de l’environnement, s’impose aux personnes morales de droit privé de plus de 500 salariés en métropole (250 en outre-mer), ainsi qu’à l’État, aux régions, départements et communes de plus de 50 000 habitants. Il doit être mis à jour tous les quatre ans pour le secteur privé, accompagné d’un plan de transition rendu public ; l’absence de bilan ou de transmission expose à une amende administrative pouvant atteindre 50 000 €, portée à 100 000 € en cas de récidive.
La directive CSRD (reporting de durabilité des entreprises) a vu son champ d’application resserré par le paquet dit Omnibus I, entré en vigueur le 18 mars 2026 : seules restent concernées les entreprises dépassant à la fois 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net, contre un périmètre initial nettement plus large. Le calendrier de première échéance a également été reporté selon la vague concernée (portail RSE du gouvernement, seuils CSRD après l’Omnibus). Ce calendrier a déjà été révisé plusieurs fois depuis 2023 : toute entreprise qui bâtit un plan pluriannuel sur cette base a intérêt à revérifier le texte en vigueur au moment de l’échéance, plutôt que de se fier à une date mémorisée.
Côté transporteurs, le programme EVE (Engagements volontaires pour l’environnement), piloté par l’ADEME et le ministère chargé des transports avec les fédérations professionnelles, délivre le label Objectif CO2 aux entreprises les plus performantes sur le plan énergétique. Le financement de ce programme par les certificats d’économies d’énergie s’est arrêté le 31 décembre 2025 : le label n’est pas supprimé, mais son coût d’audit et de validation (de l’ordre de 3 000 à 4 000 € selon la taille de l’entreprise candidate) repose désormais sur le transporteur lui-même. Un chargeur qui voit ce label mentionné dans une réponse d’appel d’offres sait donc, à présent, qu’il traduit un investissement volontaire du transporteur, sans plus de subvention publique associée.
Zones à faibles émissions et livraison urbaine
Le carbone d’un envoi ne se résume pas au CO2 réglementaire : la livraison en zone urbaine dense est également contrainte par les zones à faibles émissions mobilité (ZFE-m), qui conditionnent l’accès de certains centres-villes à la vignette Crit’Air du véhicule. Selon le ministère chargé de l’écologie, 25 ZFE-m étaient actives sur le territoire français au 1er janvier 2025, parmi lesquelles Lyon et Toulouse (ministère chargé de l’écologie, liste des ZFE-m). Une tentative de suppression législative de l’ensemble du dispositif, votée le 14 avril 2026 par l’Assemblée nationale, a été censurée par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2026-903 DC du 21 mai 2026, pour un motif de procédure (absence de lien suffisant avec le texte de loi support, qualifié de cavalier législatif) : les zones restent donc en vigueur, et le sujet reste susceptible d’évoluer par une nouvelle initiative parlementaire. Un chargeur qui organise des livraisons régulières vers Lyon ou Toulouse a intérêt à vérifier, au moment de la consultation, l’état du dispositif applicable à l’agglomération concernée plutôt que de se fier à une information datée.
Mesurer les émissions d’un transport, un point de départ pour Innovia
Depuis 1998, Innovia Transport organise des expéditions B2B au départ de ses agences de Lyon et de Toulouse, avec une couverture nationale et un parc qui couvre aussi bien le fourgon urbain que l’ensemble articulé pour un chargement complet. Chaque prestation reste soumise à l’obligation d’information GES de l’article L1431-3 du code des transports : un chargeur est fondé à demander, pour tout envoi facturé, le facteur d’émission retenu et le niveau de précision utilisé.
Le groupage et l’optimisation du taux de remplissage restent, comme le démontrent les facteurs d’émission présentés plus haut, le levier qui réduit le plus directement l’empreinte rapportée à chaque envoi, avant tout changement de motorisation. Pour cadrer une consultation qui intègre ce critère aux côtés du prix et du délai, la page contact permet de transmettre un cahier des charges et d’obtenir un devis détaillé.
Questions fréquentes sur l’empreinte carbone du transport routier
Comment calculer l’empreinte carbone d’un transport routier ?
La formule de référence est : émissions (gCO2e) = masse transportée (t) × distance parcourue (km) × facteur d’émission (gCO2e/t.km), le facteur variant selon la classe de véhicule et le taux de chargement réel. À défaut de donnée réelle, la réglementation autorise l’usage de valeurs par défaut de niveau 1, publiées par mode et type d’activité, sur un périmètre puits à la roue incluant l’amont énergétique du carburant.
Qui doit fournir l’information CO2 d’une prestation de transport ?
Toute entreprise qui commercialise ou organise une prestation de transport de marchandises, de personnes ou de déménagement avec un départ et une arrivée en France, quelle que soit sa taille, en application de l’article L1431-3 du code des transports. Aucun seuil d’effectif n’exempte les petites structures : seule la méthode de calcul autorisée diffère selon la taille du prestataire.
Sous quel délai le transporteur doit-il communiquer l’information GES ?
Deux mois à compter de la fin d’exécution de la prestation, sauf accord contractuel différent conclu entre les parties. Ce délai court pour chaque envoi ou chaque période convenue, selon le niveau de précision retenu par le transporteur.
Que risque un transporteur qui ne communique pas cette information ?
Depuis le 1er janvier 2025, une amende administrative pouvant atteindre 3 000 € sanctionne le manquement, prononcée par le préfet après une mise en demeure restée sans effet. Cette sanction reste modeste, mais elle marque la fin de douze années d’obligation sans conséquence pratique.
Pourquoi un petit véhicule utilitaire émet-il plus par tonne transportée qu’un poids lourd ?
Parce que le facteur d’émission par tonne-kilomètre dépend du taux de remplissage, pas seulement du moteur : un utilitaire léger chargé à quelques centaines de kilogrammes peut dépasser 1 000 gCO2e/t.km, contre 86 gCO2e/t.km pour un ensemble articulé de 40 tonnes correctement chargé. Regrouper les envois sur un véhicule mieux rempli réduit directement ce facteur.
Quelle est la différence entre le décret français et le règlement européen CountEmissions EU ?
Le décret n° 2017-639 est une obligation française en vigueur, sanctionnée depuis 2025. Le règlement (UE) 2026/1030, entré en vigueur le 1er juin 2026 et aligné sur la norme ISO 14083, propose une méthode harmonisée à l’échelle européenne mais reste, à ce jour, un cadre de divulgation volontaire pour les entreprises qui choisissent de publier leurs émissions selon cette méthode commune.
Le bilan carbone (BEGES) est-il obligatoire pour toutes les entreprises ?
Non : le BEGES réglementaire, fondé sur l’article L229-25 du code de l’environnement, ne s’impose qu’aux personnes morales de droit privé de plus de 500 salariés en métropole (250 en outre-mer) et à certaines collectivités. Les entreprises plus petites peuvent réaliser un bilan carbone volontaire, sans obligation légale ni sanction associée.
Le groupage réduit-il vraiment les émissions par rapport à un chargement dédié ?
Oui, mécaniquement : le facteur d’émission par tonne-kilomètre d’un même véhicule baisse quand son taux de chargement augmente, puisque les émissions du trajet se répartissent sur davantage de tonnes utiles. Un envoi groupé sur un véhicule déjà rempli par d’autres marchandises affiche donc un facteur nettement inférieur à celui du même envoi acheminé seul sur un véhicule dédié.
Les ZFE ont-elles un impact sur l’empreinte carbone d’une livraison urbaine ?
Les zones à faibles émissions mobilité conditionnent l’accès physique au centre-ville selon la vignette Crit’Air du véhicule, mais elles ne mesurent pas directement le CO2 : leur critère porte sur les polluants locaux (particules, oxydes d’azote). Le ministère chargé de l’écologie en recensait 25 au 1er janvier 2025, dont Lyon et Toulouse, et elles restent en vigueur malgré une tentative de suppression législative censurée par le Conseil constitutionnel le 21 mai 2026.