Un directeur supply chain ou un responsable achats chargé de référencer un prestataire de transport se retrouve rarement face à une méthode toute prête. Le sujet est traité soit par les transporteurs eux-mêmes, qui présentent naturellement leur propre offre, soit par des généralistes achats qui ignorent les spécificités du secteur : licences obligatoires, plafonds de responsabilité fixés par décret, indexation du prix du gazole qui s’applique même sans clause contractuelle. Résultat : un achat mal cadré dont le coût réel n’apparaît qu’après plusieurs mois d’exécution, sous forme de litiges, de surcoûts non anticipés ou d’un prestataire dont la solidité n’a jamais été vérifiée.

Ce guide déroule le cycle complet d’un achat de prestation de transport routier de marchandises : qualifier le besoin, choisir entre transporteur, commissionnaire, affréteur ou intégrateur, effectuer les vérifications obligatoires avant de signer, construire le cahier des charges et la grille tarifaire, mener l’appel d’offres, sécuriser les clauses contractuelles qui comptent réellement, et piloter la relation dans la durée. Chaque seuil, chaque article de loi et chaque plafond cité ici est vérifiable à la source, avec un lien vers le texte officiel.

Il s’adresse aux entreprises qui achètent du transport de façon récurrente, qu’elles expédient quelques palettes par semaine ou plusieurs camions complets par jour, en flux national ou vers l’Europe. La méthode reste la même, seule l’échelle change.

Points clés : acheter une prestation de transport en B2B
SujetCe qu’il faut retenir
Unité d’œuvreCaler le besoin sur la palette, le kilogramme, le m³ ou le km selon le flux réel, jamais sur un forfait générique
Type de prestataireTransporteur (exécution directe), commissionnaire (obligation de résultat sur toute la chaîne), affréteur (capacité louée), bourse de fret (mise en relation sans responsabilité)
Licence obligatoireLicence de transport intérieur (≤ 3,5 t) ou communautaire (> 3,5 t), article R3211-12 du code des transports, délivrée pour 10 ans renouvelables
Attestation de vigilanceÀ exiger dès 5 000 € HT de prestation et à renouveler tous les 6 mois, article L8222-1 du code du travail
Contrat par défautContrat type général (décret n° 2017-461) applicable si aucun contrat spécifique n’est signé
Plafond de responsabilité33 €/kg (maximum 1 000 € par colis) sous 3 tonnes, 20 €/kg au-delà, sauf déclaration de valeur écrite
Indexation gazoleObligatoire de plein droit, article L3222-1 du code des transports, toute clause contraire réputée non écrite
Délai de réserves3 jours après réception (jours fériés non compris), article L133-3 du code de commerce
Appel d’offresConsulter 3 à 5 prestataires, dépouiller sur une grille pondérée (prix, conformité, capacité, qualité de service)
Pilotage4 indicateurs suffisent : taux de service (OTIF), taux de litige, coût à l’unité d’œuvre, délai de POD

Qualifier le besoin avant de consulter le marché

Avant de solliciter le moindre prestataire, l’acheteur doit pouvoir répondre à cinq questions : quel flux (régulier, ponctuel, saisonnier), quelle volumétrie mensuelle, quelle unité d’œuvre de facturation la plus pertinente, quelles contraintes produit, et quel niveau de service attendu. Ces réponses conditionnent le type de prestataire à consulter et la structure tarifaire à négocier : un flux régulier de 40 palettes par semaine entre deux sites ne s’achète pas comme un envoi ponctuel de 200 kg vers un client isolé.

La régularité du flux détermine le mode de contractualisation. Un flux récurrent, plusieurs enlèvements par semaine avec une volumétrie stable d’un mois sur l’autre, justifie un contrat cadre avec un prestataire référencé, négocié sur la durée et assorti d’engagements de capacité aux heures de pointe. Un flux ponctuel ou saisonnier relève davantage de l’affrètement au coup par coup ou de la bourse de fret, où le prix se négocie envoi par envoi, sans engagement de volume ni tarif garanti dans le temps.

L’unité d’œuvre est la mesure sur laquelle repose la facturation : la palette pour un flux de messagerie palettisée, le kilogramme ou le mètre cube pour un envoi hétérogène, le kilomètre pour un affrètement dédié, le nombre de colis pour de la messagerie fractionnée. Retenir la mauvaise unité d’œuvre fausse toute comparaison entre prestataires : un tarif « au kilo » avantage les envois lourds et compacts, un tarif « à la palette » avantage les envois volumineux mais légers. La cohérence entre l’unité d’œuvre choisie et la nature réelle des envois évite les écarts de facturation constatés en fin de mois.

Le mode de transport découle directement du volume par envoi. En dessous d’un camion complet, l’expédition relève du chargement partiel (LTL, less than truckload), mutualisé avec d’autres expéditeurs sur un même véhicule ou dans un réseau de messagerie ; au-delà, le chargement complet mobilise un véhicule dédié, avec un délai plus prévisible mais un coût par palette plus élevé si le camion n’est pas rempli à son plein potentiel. Les contraintes produit complètent le cahier des charges : transport sous température dirigée, envoi relevant des exemptions ADR du point 1.1.3.6 (jusqu’à 380 kg selon la catégorie de danger, au-delà réglementation complète et documentation renforcée), nécessité d’un hayon ou d’un accès poids lourd sur le site de livraison. Un besoin mal qualifié sur ce point se traduit presque toujours par un surcoût facturé après coup, sous forme de frais annexes non anticipés.

Transporteur, commissionnaire, affréteur, intégrateur, bourse de fret : quel prestataire pour quel besoin

Le vocabulaire du secteur recouvre des statuts juridiques différents, avec des conséquences directes sur l’identité du responsable en cas de perte, d’avarie ou de retard. Confondre un commissionnaire avec un transporteur, ou un affréteur avec un simple intermédiaire, expose à des recours mal dirigés le jour où un litige survient.

Type de prestataire, ce qu’il vend et quand y recourir
StatutCe qu’il vendResponsabilitéQuand y recourir
TransporteurL’exécution physique du transport, avec ses véhicules et conducteursDirecte, encadrée par le contrat type général ou le contrat spécifique signéFlux identifié, besoin de visibilité directe sur qui conduit et où se trouve la marchandise
Commissionnaire de transportL’organisation de bout en bout, y compris multimodaleObligation de résultat sur toute la chaîne, même sous-traitéeFlux complexe, multi-transporteurs, international, besoin d’un interlocuteur unique
AffréteurLa location ponctuelle d’une capacité (véhicule et conducteur) non détenue en propreCelle du transporteur substitué, encadrée par le contrat d’affrètementPic d’activité, flux ponctuel dépassant la flotte propre du prestataire principal
Intégrateur (réseau messagerie ou express)Un service standardisé avec délais contractuels sur un réseau prédéfiniDirecte sur son réseau, plafonds souvent fixés par ses conditions généralesFlux répétitif vers des destinations couvertes par le réseau, délai garanti prioritaire
Bourse de fretUne mise en relation entre affréteurs et transporteurs disponiblesAucune : la plateforme n’est pas partie au contrat de transportBesoin ponctuel, optimisation d’un retour à vide, sous réserve de vérifier soi-même le transporteur trouvé

Le transporteur exécute lui-même l’acheminement, à distinguer du commissionnaire de transport, qui organise l’opération sans nécessairement posséder de flotte. Le commissionnaire répond d’une obligation de résultat sur l’ensemble de la chaîne, même lorsqu’il sous-traite l’exécution à plusieurs transporteurs successifs : c’est lui, et non le transporteur substitué, que l’entreprise donneuse d’ordre doit mettre en cause en priorité en cas de litige.

L’affréteur loue une capacité de transport qu’il ne possède pas, dans le cadre d’un contrat d’affrètement : cette formule répond bien aux pics d’activité ou aux flux ponctuels que la flotte propre d’un prestataire ne peut absorber, sans engagement de volume dans la durée. La bourse de fret, elle, ne remplace jamais la procédure de vérification que l’entreprise reste tenue d’effectuer avant de contracter : licence, assurance, attestation de vigilance. Trouver un transporteur sur une plateforme ne dispense d’aucun de ces contrôles.

Les vérifications obligatoires avant de contracter

Licences et inscription au registre

Pour opérer légalement, un transporteur routier de marchandises doit être inscrit au registre électronique national des entreprises de transport routier. Cette inscription entraîne la délivrance, par le préfet de région, de l’une des licences prévues à l’article R3211-12 du code des transports : la licence communautaire pour les véhicules dont le poids total autorisé en charge dépasse 3,5 t, la licence de transport intérieur pour les véhicules ne dépassant pas ce seuil et les opérations strictement nationales, ou une licence communautaire « inférieure ou égale à 3,5 t » pour l’international avec des véhicules de 2,5 à 3,5 t. Ces licences sont délivrées pour dix ans renouvelables, incessibles à un tiers, et accompagnées d’une copie certifiée conforme par véhicule exploité.

L’inscription au registre suppose elle-même trois conditions cumulatives fixées par le règlement (CE) n° 1071/2009 : l’honorabilité professionnelle, la capacité financière (fonds propres proportionnés à la flotte exploitée) et la capacité professionnelle, attestée par un examen ou un diplôme du gestionnaire de transport. Demander le numéro de licence et vérifier sa validité fait partie des contrôles élémentaires avant toute première commande, au même titre que la vérification du numéro SIREN et de l’ancienneté réelle de l’entreprise au registre du commerce.

Attestation de vigilance URSSAF : une obligation du donneur d’ordre, pas une option

Dès qu’une prestation de transport dépasse 5 000 € HT, l’entreprise qui achète est tenue, en vertu de l’article L8222-1 du code du travail, de vérifier que son prestataire s’acquitte de ses obligations sociales et fiscales, au moyen d’une attestation de vigilance délivrée par l’Urssaf. Cette vérification n’est pas ponctuelle : elle doit être renouvelée tous les six mois pendant toute la durée de la relation contractuelle, si celle-ci se poursuit au-delà de ce délai.

L’enjeu n’est pas seulement administratif. En cas de travail dissimulé constaté chez le prestataire et d’absence de vérification par le donneur d’ordre, ce dernier encourt une solidarité financière : il devient solidairement responsable du paiement des cotisations, impôts et pénalités dus par son cocontractant défaillant. Conserver l’attestation datée, avec son numéro de vérification consultable sur le site de l’Urssaf, protège l’entreprise en cas de contrôle et démontre la diligence du service achats.

Assurance responsabilité civile et sous-traitance déclarée

Le transporteur doit disposer d’une assurance responsabilité civile professionnelle couvrant l’activité de transport de marchandises, distincte de l’assurance des marchandises transportées elles-mêmes. Cette dernière, dite ad valorem, peut être souscrite par l’expéditeur ou déléguée au transporteur selon les termes du contrat : demander l’attestation d’assurance en cours de validité, avec le montant de garantie par sinistre, évite de découvrir une couverture insuffisante au moment d’un litige.

La question de la sous-traitance mérite une clause explicite dans le cahier des charges : le prestataire retenu a-t-il le droit de confier tout ou partie de l’exécution à un sous-traitant, doit-il en informer préalablement le donneur d’ordre, et les obligations de vérification (licence, attestation de vigilance, assurance) s’appliquent-elles en cascade au sous-traitant ? À défaut de clause, l’entreprise découvre parfois après coup qu’un tiers jamais vérifié a exécuté le transport, sans que le contrat initial le mentionne.

Pièces à exiger avant de contracter, émetteur et validité
PièceÉmetteurValidité
Licence de transport (intérieur ou communautaire)Préfecture de région (DREAL)10 ans renouvelable
Extrait KbisGreffe du tribunal de commerceMoins de 3 mois
Attestation de vigilanceUrssaf6 mois
Attestation d’assurance responsabilité civile professionnelleAssureur du transporteurEn cours, à redemander chaque année
Attestation d’assurance marchandises transportées (le cas échéant)Assureur du transporteur ou de l’expéditeurEn cours de validité
Grille tarifaire signée et barème d’indexation gazolePrestataireDurée du contrat

Construire le cahier des charges et la grille tarifaire

Ce que le cahier des charges doit contenir

Un cahier des charges de transport n’a pas vocation à impressionner par son volume : il doit permettre à un prestataire qui découvre l’entreprise de chiffrer une offre fiable sans échange préalable. Les informations attendues sont concrètes et vérifiables :

  • La présentation de l’activité et des sites concernés, avec adresses exactes, contraintes d’accès (hauteur, largeur, quai ou absence de quai) et horaires d’ouverture
  • Le volume mensuel par unité d’œuvre retenue, avec la saisonnalité éventuelle (pics de fin d’année, fermetures estivales)
  • La nature des marchandises : poids, dimensions, fragilité, exigences de température, exemption ADR le cas échéant
  • Les fenêtres d’enlèvement et de livraison attendues, avec le niveau de tolérance toléré sur le créneau
  • Le niveau de service exigé : taux de service minimal, délai de transmission de la preuve de livraison, modalités de gestion des litiges
  • La durée du contrat souhaitée et les conditions de sortie anticipée

Un cahier des charges incomplet ne se traduit pas par une offre moins chère : il se traduit par une offre mal calibrée, que le prestataire ajustera à la hausse dès les premiers écarts constatés sur le terrain (attente au quai, manutention non prévue, adresse difficile d’accès).

La grille tarifaire : quelle structure retenir

Plusieurs structures tarifaires coexistent, et le choix dépend directement de l’unité d’œuvre définie en amont. Le tarif au kilomètre convient à un affrètement dédié où le trajet est identifié à l’avance ; le tarif à la palette ou au mètre cube convient à un flux de messagerie régulier entre points fixes ; le forfait convient à une tournée récurrente sur un périmètre stable. Dans tous les cas, le prix affiché doit être distingué des frais annexes prévisibles : attente au-delà d’un délai franc (souvent 30 à 45 minutes), manutention hors quai, livraison sur rendez-vous, passage en zone à faibles émissions.

Un point structurant, souvent absent des grilles proposées spontanément par les prestataires : l’indexation du prix du transport sur le coût du gazole n’est pas une clause négociable, elle s’applique de plein droit même sans mention contractuelle. Le prix ne doit donc jamais être comparé « toutes charges comprises » entre deux offres sans vérifier que le mécanisme d’indexation, détaillé plus loin dans les clauses contractuelles, est identique pour les deux prestataires consultés.

Mener l’appel d’offres et dépouiller les réponses

Un appel d’offres transport gagne à être mené auprès de trois à cinq prestataires, avec un cahier des charges identique envoyé simultanément à chacun, un délai de réponse raisonnable de deux à trois semaines selon la complexité du flux, et une date de clôture ferme. Consulter un seul prestataire ne permet pas de mesurer si le prix proposé est cohérent avec le marché ; en consulter plus de cinq alourdit le dépouillement sans gain proportionnel d’information, sauf pour un flux stratégique à très fort enjeu.

Demander des références clients dans un secteur comparable, avec un contact vérifiable, permet de croiser la parole commerciale du prestataire avec un retour d’expérience réel. Une visite de site ou un audit qualité, même court, complète utilement ce contrôle pour un flux critique : elle révèle la réalité de la flotte, l’état du matériel de manutention et le professionnalisme des équipes d’exploitation.

Le dépouillement gagne à s’appuyer sur une grille pondérée plutôt que sur le seul prix total, qui masque des écarts de périmètre entre les offres.

Grille de dépouillement pondérée d’un appel d’offres transport
CritèrePondération indicativeCe qu’on évalue
Prix total et structure tarifaire30 à 40 %Cohérence de l’unité d’œuvre, frais annexes explicites, barème d’indexation gazole
Conformité réglementaire15 à 20 %Licences, attestation de vigilance, assurance, ancienneté au registre
Capacité opérationnelle15 à 20 %Taille de flotte, couverture géographique, plan de continuité en cas de pic
Qualité de service annoncée15 à 20 %Références vérifiables, taux de service engagé, modalités de POD
Solidité financière et pérennité10 à 15 %Ancienneté de l’entreprise, indicateurs financiers publics, dépendance à un client unique

Les pondérations indiquées restent des ordres de grandeur à ajuster selon la criticité du flux : un flux sous température dirigée ou relevant d’exemptions ADR justifie de renforcer le poids de la conformité réglementaire au détriment du seul prix.

Les clauses contractuelles qui comptent

À défaut de contrat spécifique signé entre les parties, c’est le contrat type général, annexe II à la partie 3 réglementaire du code des transports, approuvé par le décret n° 2017-461 du 31 mars 2017, qui s’applique automatiquement au transport intérieur français. Un donneur d’ordre qui ne négocie aucune clause particulière est donc, de fait, déjà engagé sur des plafonds de responsabilité précis, qu’il vaut mieux connaître avant de contracter plutôt que de les découvrir lors d’un litige.

Ces plafonds sont fixés à l’article 22 du contrat type : 33 € par kilogramme de poids brut manquant ou avarié, sans dépasser 1 000 € par colis, pour un envoi de moins de 3 tonnes ; 20 € par kilogramme, sans dépasser le poids brut de l’envoi en tonnes multiplié par 3 200 €, pour un envoi de 3 tonnes et plus. En cas de retard imputable au transporteur, l’article 24.3 plafonne l’indemnité au prix du transport lui-même, hors droits, taxes et frais divers. Ces montants sont dérisoires face à la valeur réelle d’un envoi de matériel informatique ou de pièces de haute valeur : c’est précisément pour cela qu’une déclaration de valeur, formulée par écrit à la conclusion du contrat, permet de relever contractuellement ces plafonds. Sans cette déclaration explicite, l’entreprise assume elle-même l’écart entre le plafond légal et la valeur réelle de la marchandise perdue.

La répercussion des variations du prix du gazole constitue une deuxième clause à sécuriser, non pas parce qu’elle est négociable, mais parce qu’elle ne l’est justement pas : l’article L3222-1 du code des transports impose une révision de plein droit du prix du transport selon la variation des indices gazole publiés par le Comité national routier (CNR), et toute clause contractuelle qui viserait à écarter ce mécanisme est réputée non écrite. Un donneur d’ordre qui négocierait un « prix fixe garanti sans indexation » sur douze mois signerait donc une clause juridiquement inopposable : mieux vaut demander la formule d’indexation retenue (indice de référence, périodicité de calcul, part du gazole dans le coût total) et vérifier qu’elle correspond bien à celle publiée par le CNR.

Deux points opérationnels complètent le socle contractuel : l’émission d’une lettre de voiture avant chaque enlèvement, obligatoire selon l’article R3411-13 du code des transports, et le délai de réserves en cas d’avarie ou de perte partielle : 3 jours après réception (jours fériés non compris), par lettre recommandée ou acte extrajudiciaire, selon l’article L133-3 du code de commerce. Passé ce délai, la contestation devient beaucoup plus difficile à faire valoir, quel que soit le bien-fondé du litige.

Enfin, la durée du contrat et sa réversibilité méritent d’être négociées dès la signature, pas au moment de la sortie : durée initiale (un à trois ans selon la criticité du flux), préavis de résiliation (souvent trois mois), et modalités de transfert des données de flux vers un nouveau prestataire en cas de changement. Un contrat sans clause de réversibilité expose l’entreprise à un rapport de force défavorable si elle souhaite changer de prestataire, faute d’échéance claire pour organiser la transition.

Piloter la relation dans la durée : les indicateurs qui comptent

Le choix du prestataire n’est que la première étape : la valeur d’un achat de transport bien mené se mesure dans les mois qui suivent, à travers un nombre restreint d’indicateurs suivis régulièrement plutôt qu’un tableau de bord surchargé de mesures peu actionnables.

Le taux de service, souvent formalisé sous l’acronyme OTIF (on time, in full), mesure la part des livraisons effectuées à la fois dans le créneau annoncé et avec la totalité de la marchandise attendue : il se calcule en rapportant le nombre de livraisons conformes au nombre total de livraisons sur la période. Le taux de litige rapporte le nombre de lignes de commande ayant fait l’objet d’une réserve ou d’une réclamation au nombre total de lignes livrées : un taux qui progresse d’un trimestre à l’autre signale un problème opérationnel avant qu’il ne dégénère en rupture de relation commerciale.

Le coût à l’unité d’œuvre, calculé en rapportant le coût total facturé au nombre de palettes, de kilogrammes ou de kilomètres réellement transportés, permet de comparer objectivement plusieurs périodes ou plusieurs prestataires sur un même flux, à condition de raisonner sur la même unité d’œuvre. Le délai de transmission de la preuve de livraison (POD, proof of delivery) complète ce socle : un POD transmis sous 24 à 48 heures permet de facturer le client final rapidement et de traiter un litige pendant qu’il est encore documentable ; un POD qui arrive après plusieurs jours retarde d’autant la facturation et affaiblit la position de l’entreprise en cas de contestation.

Un point de suivi mensuel ou trimestriel avec le prestataire, appuyé sur ces indicateurs et non sur un ressenti général, permet d’objectiver la relation et de renégocier certaines clauses en connaissance de cause avant la reconduction du contrat.

Les erreurs qui coûtent cher

La première erreur, la plus fréquente, consiste à arbitrer un appel d’offres sur le seul prix affiché, sans intégrer les frais annexes qui apparaîtront dès les premières factures : attente au quai facturée au-delà du délai franc, manutention non prévue au contrat, livraison sur rendez-vous majorée. Un prix apparemment inférieur de 5 % peut se révéler plus coûteux une fois ces éléments intégrés.

La deuxième erreur consiste à ignorer le retour à vide dans la négociation. Un affréteur ou un transporteur qui peut optimiser son retour sur un flux compatible avec le vôtre pratique en général un tarif plus compétitif : signaler la flexibilité possible sur les créneaux, ou la régularité géographique du flux, ouvre une marge de négociation souvent ignorée par les acheteurs qui ne raisonnent qu’en distance et en poids.

La troisième erreur consiste à ne pas vérifier la chaîne de sous-traitance, en particulier pour un flux confié à un commissionnaire : l’entreprise donneuse d’ordre peut se retrouver solidairement responsable de manquements sociaux d’un sous-traitant jamais identifié, faute d’avoir exigé cette transparence dans le contrat initial.

La quatrième erreur consiste à négliger l’indexation gazole obligatoire, en la considérant comme une variable secondaire du contrat : sur un flux annuel représentant plusieurs dizaines de milliers d’euros, un écart de méthode de calcul entre l’indice contractuel et l’indice CNR de référence peut représenter plusieurs points de marge, dans un sens ou dans l’autre.

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Questions fréquentes

Comment choisir un prestataire de transport pour son entreprise ?

En qualifiant d’abord le besoin (flux, volumétrie, unité d’œuvre), puis en vérifiant trois éléments avant toute signature : la licence de transport valide (article R3211-12 du code des transports), l’attestation de vigilance Urssaf si la prestation dépasse 5 000 € HT, et l’assurance responsabilité civile professionnelle. La comparaison se fait ensuite sur une grille pondérée (prix, conformité, capacité, qualité de service), jamais sur le seul prix affiché.

Quelle est la différence entre un transporteur et un commissionnaire de transport ?

Le transporteur exécute lui-même l’acheminement avec ses véhicules ; le commissionnaire organise l’opération, éventuellement en la confiant à plusieurs transporteurs, mais répond d’une obligation de résultat sur l’ensemble de la chaîne. En cas de litige, c’est le commissionnaire qui doit être mis en cause en priorité, même si le dommage survient chez un transporteur qu’il a sous-traité.

Qu’est-ce que l’attestation de vigilance Urssaf et quand la demander ?

C’est un document délivré par l’Urssaf qui atteste qu’un prestataire est à jour de ses obligations sociales. L’article L8222-1 du code du travail impose de la demander dès qu’une prestation dépasse 5 000 € HT, puis de la renouveler tous les 6 mois si la relation contractuelle se poursuit au-delà de cette durée.

Que risque un donneur d’ordre qui ne vérifie pas son transporteur ?

En cas de travail dissimulé constaté chez le prestataire, l’absence de vérification expose le donneur d’ordre à une solidarité financière : il devient solidairement redevable des cotisations, impôts et pénalités dus par son cocontractant. Ce risque, prévu par l’article L8222-1 du code du travail, concerne toute entreprise, quelle que soit sa taille.

Comment vérifier la licence de transport d’une entreprise avant de contracter ?

En demandant le numéro de licence (transport intérieur ou communautaire selon la flotte) et sa date de validité, délivrée pour 10 ans renouvelables par la préfecture de région. La licence doit être accompagnée d’une copie certifiée conforme par véhicule exploité ; son absence ou son expiration signale une entreprise qui n’est pas autorisée à exercer.

L’indexation du prix sur le gazole est-elle obligatoire dans un contrat de transport ?

Oui : l’article L3222-1 du code des transports impose une révision de plein droit du prix selon la variation des indices gazole publiés par le Comité national routier, même en l’absence de clause contractuelle. Toute clause qui viserait à l’écarter est réputée non écrite ; seule la formule de calcul (indice retenu, part carburant, périodicité) reste négociable.

Quel est le plafond d’indemnisation en cas de perte de marchandise ?

Sous le contrat type général (décret n° 2017-461), il est de 33 € par kilogramme de poids brut manquant, dans la limite de 1 000 € par colis, pour un envoi de moins de 3 tonnes ; de 20 € par kilogramme au-delà de 3 tonnes. Ces plafonds peuvent être relevés par une déclaration de valeur formulée par écrit à la conclusion du contrat.

Combien de transporteurs faut-il consulter pour un appel d’offres ?

Entre trois et cinq prestataires en général, avec un cahier des charges identique envoyé simultanément et un délai de réponse de deux à trois semaines. Un seul prestataire ne permet pas de mesurer la cohérence du prix avec le marché ; au-delà de cinq, le dépouillement s’alourdit sans gain d’information proportionnel, sauf flux à très fort enjeu.

Qu’est-ce qu’un contrat type de transport et s’applique-t-il automatiquement ?

C’est un texte réglementaire, le contrat type général approuvé par le décret n° 2017-461 du 31 mars 2017, qui régit le transport intérieur français lorsqu’aucun contrat spécifique n’a été signé entre les parties. Il fixe notamment les plafonds de responsabilité et le délai de réclamation : un donneur d’ordre sans contrat négocié y est donc automatiquement soumis.

Quels indicateurs suivre pour piloter un prestataire de transport ?

Quatre indicateurs suffisent dans la plupart des cas : le taux de service (OTIF, livraisons conformes en délai et en quantité), le taux de litige (lignes de commande contestées rapportées au total livré), le coût à l’unité d’œuvre (palette, kilogramme ou kilomètre) et le délai de transmission de la preuve de livraison, qui conditionne la rapidité de facturation et le traitement des litiges.