Un transport routier de marchandises engage au minimum quatre documents : la lettre de voiture (nationale ou CMR à l’international), le bon de livraison, la preuve de livraison signée par le destinataire et les documents propres au véhicule et au conducteur. Chacun apparaît à un moment précis de la chaîne, entre la commande et le règlement d’un éventuel litige, et engage un acteur différent : expéditeur, transporteur, conducteur ou destinataire.
Cet article suit cet ordre réel, celui d’une expédition qui se déroule sous vos yeux : avant l’enlèvement, au chargement, pendant le transport, à la livraison, puis après la livraison en cas de contestation. Vous saurez qui établit chaque document, ce qu’il doit contenir au minimum et ce que vous risquez s’il manque ou s’il est mal rempli. Chaque document dispose par ailleurs de sa propre page de référence sur ce site, vers laquelle cet article renvoie pour le détail complet (mentions obligatoires, modèles, procédure).
Le périmètre couvre le transport routier de marchandises en France et à l’international, hors matières dangereuses (les envois relevant des exemptions ADR imposent des documents spécifiques non traités ici) et hors transport sous température dirigée (relevés de température, attestation ATP), deux sujets qui appellent chacun leur propre traitement.
| Point clé | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|
| Document central | La lettre de voiture (nationale) ou la CMR (international), obligatoire avant l’enlèvement (article R3411-13 du code des transports) |
| Sans lettre de voiture à bord | Contravention de 5e classe pour le transporteur (article R3452-44 du code des transports) |
| Qui l’établit | L’expéditeur, complétée par le transporteur puis signée par le destinataire à la livraison |
| Nombre d’exemplaires (CMR) | 3 originaux : un pour l’expéditeur, un pour le destinataire, un pour le transporteur |
| Conservation de la lettre de voiture | 2 ans par l’entreprise de transport (article R3411-13) |
| Réserve à la livraison | Doit décrire la conséquence constatée avec précision, jamais « sous réserve de déballage » |
| Délai de confirmation des réserves | 3 jours non compris les jours fériés en national (article L133-3 du code de commerce), 7 jours à l’international (convention CMR) |
| Plafond d’indemnisation sans déclaration de valeur | 33 €/kg (maximum 1 000 € par colis) sous 3 tonnes, 20 €/kg au-delà, en transport intérieur |
| Prescription de l’action contre le transporteur | 1 an à compter de la livraison ou de la date à laquelle elle aurait dû intervenir (article L133-6 du code de commerce) |
| Dématérialisation | L’e-CMR a la même valeur juridique que le papier, encadrée par le règlement européen eFTI depuis le 21 août 2024 |
Qui remplit quoi ? Le tableau des obligations documentaires
Un contrat de transport routier de marchandises engage quatre acteurs, chacun avec des obligations documentaires distinctes. L’expéditeur ouvre la chaîne en émettant le bon de commande puis la lettre de voiture ; le transporteur la complète à la prise en charge et remet son récépissé ; le conducteur détient à bord les documents du véhicule et les siens propres ; le destinataire vérifie la marchandise à réception, émarge et formule ses réserves. Un commissionnaire de transport peut s’intercaler dans cette chaîne : il organise l’opération pour le compte de l’expéditeur sans exécuter lui-même le transport, ce qui déplace certaines obligations documentaires vers lui sans les faire disparaître.
Cette répartition n’est pas une simple convention d’usage. À défaut de contrat écrit entre les parties, c’est le contrat type général applicable aux transports publics routiers de marchandises, annexé au décret n° 2017-461 du 31 mars 2017, qui s’impose de plein droit. Il fixe les obligations respectives des parties, ainsi que les plafonds d’indemnisation applicables en cas de perte, d’avarie ou de retard, détaillés plus loin à la section consacrée aux litiges.
Un manquement documentaire n’est jamais anodin. Côté transporteur, exécuter un service de transport public routier de marchandises sans lettre de voiture à bord constitue une contravention de 5e classe, prévue par l’article R3452-44 du code des transports ; une lettre de voiture incomplète ou mal renseignée relève de la 4e classe (article R3452-46-1 du même code). Côté expéditeur et destinataire, le risque n’est pas pénal mais probatoire : sans document conforme, la preuve de la remise, du contenu de l’envoi ou de la réalité d’une avarie devient beaucoup plus difficile à établir.
| Acteur | Documents à produire | Documents à conserver | Ce qu’il risque en cas de manquement |
|---|---|---|---|
| Expéditeur | Bon de commande, lettre de voiture (établissement), déclaration de valeur si nécessaire | Copie de la lettre de voiture, factures | Preuve de remise et de contenu impossible à établir en cas de litige |
| Transporteur | Lettre de voiture complétée, récépissé, licence de transport, attestation d’assurance | Lettre de voiture, 2 ans (article R3411-13) | Contravention de 5e classe (absence) ou 4e classe (document incomplet) |
| Conducteur | Aucun document à produire, documents à détenir à bord | Sans objet, documents renouvelés à chaque mission | Immobilisation du véhicule en cas de contrôle défavorable |
| Destinataire | Émargement et réserves à la livraison | Exemplaire signé de la lettre de voiture ou du bon de livraison | Aucun recours possible en l’absence de réserve écrite précise |
Avant l’enlèvement : les documents à préparer
Le bon de commande, ou ordre de transport, déclenche la chaîne documentaire. Pour être exploitable par le transporteur, il doit préciser les adresses complètes d’enlèvement et de livraison, un contact joignable sur chaque site, les horaires d’ouverture, les contraintes d’accès (quai, hayon, gabarit du véhicule) et la nature ainsi que le poids de la marchandise. Il porte aussi les conditions de vente, notamment le franco de port, qui détermine qui déclenche et supporte le transport, un point qui conditionne directement la responsabilité en cas d’incident avant chargement.
Le bon de livraison, à ne pas confondre avec la lettre de voiture, liste le détail des articles expédiés (référence, quantité, poids) pour permettre au destinataire de vérifier la conformité de la marchandise reçue par rapport à la commande. Il accompagne physiquement l’envoi et sert de base à la vérification contradictoire à la livraison, développée plus loin dans cet article.
Quand la valeur de la marchandise dépasse largement les plafonds d’indemnisation légaux, détaillés à la section consacrée aux litiges, une déclaration de valeur formulée par écrit au moment de la conclusion du contrat permet de les relever. C’est le mécanisme que complète, sur le plan assurantiel, l’assurance ad valorem, à souscrire séparément.
Selon la marchandise, des documents supplémentaires s’ajoutent : certificat de conformité pour des produits réglementés, déclaration de chargement pour les matières dangereuses relevant de l’ADR (accord européen relatif au transport international des marchandises dangereuses par route, non traité ici), documents douaniers pour tout envoi hors Union européenne. Sur cette dernière catégorie, le document administratif unique et le calcul des droits et taxes applicables méritent une vérification en amont : le calcul des frais de douane dépend de la nature du produit, de son origine et de sa valeur déclarée.
Avant tout enlèvement, dix points méritent d’être vérifiés :
- Bon de commande complet (adresses, contacts, horaires, contraintes d’accès)
- Lettre de voiture préremplie avec la nature et le poids exacts de la marchandise
- Nombre de colis ou de palettes confirmé avec l’expéditeur
- Bon de livraison joint à l’envoi
- Déclaration de valeur rédigée si la marchandise dépasse les plafonds légaux
- Étiquetage conforme si la marchandise relève d’une réglementation spécifique
- Documents douaniers réunis pour tout envoi hors Union européenne
- Licence de transport et attestation d’assurance du transporteur vérifiées, pour un premier envoi
- Contact sur site confirmé pour la réception
- Photographie de l’état de la marchandise avant chargement, pour un envoi de valeur élevée
La lettre de voiture : le document central du transport
La lettre de voiture est le document qui matérialise le contrat de transport. Sa forme change selon que le trajet reste en France ou franchit une frontière, mais sa fonction reste la même : preuve de la conclusion du contrat, des conditions de prise en charge et de l’état apparent de la marchandise au départ. Établie avant l’enlèvement, elle accompagne l’envoi jusqu’à la livraison, où elle reçoit la signature du destinataire. C’est ce document, plus qu’aucun autre, qui détermine l’issue d’un litige.
La lettre de voiture nationale
Pour tout transport dont le lieu de chargement et le lieu de livraison se trouvent en France, l’établissement d’une lettre de voiture est obligatoire avant l’enlèvement, en application de l’article R3411-13 du code des transports. Le véhicule doit en être accompagné pendant toute la durée du transport, sur support papier ou électronique.
Elle porte à minima l’identité de l’expéditeur et du destinataire, la nature et le poids de la marchandise, le nombre de colis, les dates et lieux de chargement et de livraison, ainsi que les signatures de l’expéditeur, du transporteur et, à l’arrivée, du destinataire. Sa valeur probatoire tient à cette double signature : elle atteste que le transporteur a reçu la marchandise dans l’état décrit, et que le destinataire l’a reçue dans l’état constaté à la livraison.
L’entreprise de transport doit conserver la lettre de voiture pendant deux ans, afin de pouvoir la présenter à toute réquisition des agents de contrôle. Sans lettre de voiture à bord, le transporteur s’expose à une contravention de 5e classe : la sanction porte sur l’absence du document au moment du contrôle, indépendamment de tout litige commercial ultérieur.
La lettre de voiture nationale ne doit pas être confondue avec la CMR, réservée aux transports internationaux : un envoi qui part de Lyon pour être livré à Toulouse relève systématiquement de la lettre de voiture nationale, même si le trajet emprunte des axes européens.
La CMR : la lettre de voiture internationale
Dès qu’un transport routier de marchandises traverse une frontière et implique au moins un pays signataire, il relève de la convention CMR, la convention relative au contrat de transport international de marchandises par route, signée à Genève en 1956. La France l’a ratifiée ; l’essentiel du trafic routier européen y est soumis, y compris hors de l’Union européenne dès lors qu’un État partie est concerné.
La lettre de voiture CMR est établie en trois exemplaires originaux : le premier reste à l’expéditeur, le deuxième accompagne la marchandise jusqu’au destinataire, le troisième est conservé par le transporteur. Comme la lettre de voiture nationale, elle fait foi des conditions du contrat et de l’état apparent de la marchandise et de son emballage au moment de la prise en charge, sauf réserves motivées inscrites par le transporteur.
La convention fixe également des plafonds d’indemnisation propres au transport international, ainsi que des délais de réserve spécifiques en cas de dommage non apparent. Ces deux points, décisifs en cas de litige, sont développés plus loin dans cet article.
Ce paragraphe pose le cadre : pour les mentions obligatoires ligne par ligne, les cas particuliers du transport combiné et la pratique de l’e-CMR au quotidien, notre guide complet de la lettre de voiture CMR détaille chaque rubrique du document.
L’e-CMR : la lettre de voiture électronique
Le protocole additionnel à la convention CMR relatif à la lettre de voiture électronique reconnaît à l’e-CMR la même valeur probatoire que le document papier, dès lors que les parties au contrat en acceptent l’usage. En pratique, l’e-CMR remplace la signature manuscrite par une signature électronique horodatée, consultable par les parties et par les autorités de contrôle sur un terminal.
Le cadre européen s’est renforcé avec le règlement (UE) 2020/1056 relatif aux informations électroniques concernant le transport de marchandises, dit eFTI, applicable depuis le 21 août 2024. Il oblige les autorités de contrôle des États membres à accepter les documents réglementaires présentés sous forme électronique sur une plateforme certifiée, ce qui lève l’un des principaux freins pratiques à la dématérialisation : le risque qu’un contrôle routier n’accepte que le papier.
Le déploiement reste progressif : de nombreux transporteurs continuent d’imprimer un exemplaire papier en parallèle, par prudence lors des contrôles internationaux. Pour l’expéditeur, l’avantage concret est la traçabilité immédiate : statut de l’envoi consultable en temps réel, archivage automatique, absence de risque de perte du document papier pendant le transport.
Le bordereau d’envoi, le récépissé et le bon d’envoi
Trois documents portent des noms proches et sont fréquemment confondus, alors qu’ils remplissent des fonctions différentes et n’ont pas la même valeur juridique.
Le bordereau d’envoi est la liste récapitulative des marchandises confiées au transporteur : nombre de colis ou de palettes, poids, dimensions, références. Il sert principalement d’outil de suivi interne et de base à la facturation, et accompagne souvent plusieurs lettres de voiture lorsqu’un même enlèvement regroupe plusieurs destinataires. Il ne se substitue pas à la lettre de voiture : notre page dédiée au bordereau d’envoi propose un modèle à télécharger et détaille son contenu ligne par ligne.
Le bon d’envoi désigne le document d’instruction remis par l’expéditeur au moment de l’enlèvement pour identifier un envoi précis : référence client, nombre de colis, poids, consignes de livraison. Il n’a pas de valeur juridique équivalente à la lettre de voiture ni au bon de livraison signé à l’arrivée : c’est un document d’organisation interne, à ne pas confondre avec une preuve de remise.
Le récépissé de transport est le document que le transporteur remet à l’expéditeur au moment de l’enlèvement pour attester la prise en charge de la marchandise. Il constitue la première preuve, chronologiquement, que le transporteur a bien reçu l’envoi : c’est sur cette base que débute sa responsabilité contractuelle, avant même l’établissement complet de la lettre de voiture.
Le bordereau Colissimo, fréquemment recherché sous ce terme, appartient à un tout autre univers : c’est un document propre au réseau postal grand public de La Poste, distinct du transport routier de lot professionnel traité dans cet article.
| Document | Qui l’établit | À quel moment | Valeur juridique |
|---|---|---|---|
| Bordereau d’envoi | Expéditeur, parfois le transporteur pour son propre suivi | Avant l’enlèvement | Aucune valeur probante autonome, document de suivi interne |
| Bon de livraison | Expéditeur | Avant l’enlèvement, joint à l’envoi | Base de la vérification contradictoire à la livraison |
| Lettre de voiture (nationale ou CMR) | Expéditeur, complétée par le transporteur puis le destinataire | Avant l’enlèvement, signée à chaque étape | Preuve du contrat de transport et de l’état de la marchandise |
| Récépissé de transport | Transporteur | À l’enlèvement | Preuve de la prise en charge, point de départ de la responsabilité du transporteur |
Les documents du véhicule et du conducteur en cas de contrôle
Au niveau de l’entreprise, l’exercice de la profession de transporteur routier de marchandises suppose une licence de transport intérieur ou communautaire, délivrée après inscription au registre électronique national des entreprises de transport par route, sous condition de capacité professionnelle, d’honorabilité et de capacité financière (conditions détaillées par le ministère chargé des transports). Une copie conforme de la licence doit se trouver à bord de chaque véhicule.
Le conducteur, de son côté, détient son permis de conduire de la catégorie requise, sa carte de qualification de conducteur (justifiant la formation initiale minimale obligatoire, FIMO, et la formation continue obligatoire, FCO) et sa carte conducteur du chronotachygraphe, qui enregistre ses temps de conduite et de repos conformément au règlement (CE) n° 561/2006.
Le véhicule porte à bord son certificat d’immatriculation, une attestation d’assurance en cours de validité et la preuve d’un contrôle technique valide. À cela s’ajoute le document de transport lui-même, lettre de voiture ou CMR, sans lequel le service ne peut légalement être exécuté.
Les forces de l’ordre et les agents des DREAL (directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement) contrôlent l’ensemble de ces pièces lors des contrôles routiers. Un document manquant expose, selon les cas, à une contravention et, pour les documents les plus structurants (licence, lettre de voiture), à une immobilisation du véhicule jusqu’à régularisation.
| Document | Obligatoire pour | Sanction si manquant |
|---|---|---|
| Licence de transport (copie conforme) | L’entreprise | Contravention, immobilisation possible |
| Lettre de voiture ou CMR | Chaque transport exécuté | Contravention de 5e classe (absence), 4e classe (incomplète) |
| Permis de conduire de la catégorie requise | Le conducteur | Immobilisation, sanction pénale |
| Carte de qualification de conducteur (FIMO/FCO) | Le conducteur, transport pour compte d’autrui | Contravention |
| Carte conducteur du chronotachygraphe | Le conducteur | Sanction liée au non-respect des temps de conduite |
| Certificat d’immatriculation et attestation d’assurance | Le véhicule | Immobilisation, mise en fourrière possible |
À la livraison : preuve de livraison et réserves
La preuve de livraison, ou POD (de l’anglais proof of delivery), est l’exemplaire de la lettre de voiture ou du bon de livraison signé, daté et éventuellement assorti de réserves par le destinataire. Elle marque juridiquement la fin de la responsabilité du transporteur pour l’exécution du transport : passé ce point, tout défaut constaté relève de la relation entre l’expéditeur et le destinataire, sauf réserve motivée inscrite au moment même de la livraison. Notre page consacrée à la preuve de livraison détaille sa forme papier et ses équivalents numériques (signature sur terminal, photo horodatée).
Sans réserve écrite précise à la livraison, aucun recours n’est possible contre le transporteur, y compris quand le dommage semble évident. C’est le point le plus mal maîtrisé du sujet, et celui qui coûte le plus cher en pratique.
Une réserve valable décrit la conséquence constatée, pas seulement la cause supposée : elle identifie le colis ou la palette concernée, la nature exacte du dommage et son étendue. « Sous réserve de déballage » n’a aucune valeur juridique : cette mention ne décrit rien de constaté, elle ne fait que différer une vérification que le destinataire aurait dû faire avant de signer. « Colis endommagé » est trop vague pour être opposable : elle ne permet pas de rattacher un dommage précis à un colis identifié. À l’inverse, « palette n° 2 sur 3, film étirable déchiré sur 40 cm, carton supérieur écrasé, contenu non vérifié » décrit un fait daté, localisé et vérifiable : c’est une réserve opposable.
| Réserve sans valeur juridique | Réserve valable et opposable |
|---|---|
| « Sous réserve de déballage » | « Palette n° 2 sur 3, film étirable déchiré sur 40 cm » |
| « Colis endommagé » | « Carton n° 5, angle inférieur gauche écrasé sur 15 cm, contenu visible » |
| « Marchandise en mauvais état » | « 3 bouteilles sur 12 brisées, carton imbibé de liquide » |
| « À vérifier » | « Palette instable, cerclage rompu sur 2 faces, chargement partiellement effondré » |
| « Anomalie possible » | « Emballage extérieur intact, produit cassé à l’intérieur, réserve formulée en présence du chauffeur » |
Au-delà de la mention écrite sur le document de transport, une confirmation par lettre recommandée ou par tout moyen donnant date certaine doit intervenir dans le délai fixé par le contrat applicable : 3 jours non compris les jours fériés pour un transport intérieur (article L133-3 du code de commerce), 7 jours pour un dommage non apparent en transport international relevant de la convention CMR. Le réflexe le plus utile reste la photographie de la marchandise avant déchargement et avant signature : elle date et localise un constat que la seule mention écrite peine parfois à rendre incontestable.
Après la livraison : documents en cas de litige, d’avarie ou de perte
Une réclamation se construit à partir d’un dossier de pièces cohérentes. Cinq éléments le composent :
- La lettre de voiture ou la CMR signée par les trois parties
- La preuve de livraison, avec les réserves si le dommage a été constaté à réception
- Des photographies datées de la marchandise, avant et après déchargement
- La facture ou tout document attestant la valeur de la marchandise
- La confirmation écrite des réserves, envoyée dans le délai applicable
L’absence d’une seule de ces pièces affaiblit sensiblement la position de l’expéditeur face au transporteur ou à son assureur.
À défaut de déclaration de valeur, l’indemnisation reste plafonnée par le contrat type applicable. Pour un transport intérieur, le contrat type général limite l’indemnité à 33 € par kilogramme de poids brut manquant ou avarié pour un envoi de moins de 3 tonnes, sans dépasser 1 000 € par colis, et à 20 € par kilogramme au-delà de 3 tonnes, sans dépasser le poids brut de l’envoi exprimé en tonnes multiplié par 3 200 € (article 22). Un retard imputable au transporteur est indemnisé dans la limite du prix du transport (article 24.3). Pour un transport international, la convention CMR plafonne l’indemnité à 8,33 droits de tirage spéciaux (DTS, unité de compte du FMI dont la contre-valeur en euros varie chaque jour) par kilogramme de poids brut manquant. Ces plafonds tombent en cas de faute lourde ou de dol du transporteur.
Ces montants sont, dans la majorité des cas, très inférieurs à la valeur réelle de la marchandise : c’est précisément ce que corrige, en amont, la déclaration de valeur associée à une assurance ad valorem.
L’action en responsabilité contre le transporteur se prescrit par un an, à compter du jour où la livraison aurait dû être faite ou, dans les autres cas, du jour où la marchandise a été livrée ou offerte au destinataire (article L133-6 du code de commerce). Passé ce délai, plus aucun recours n’est possible, sauf fraude ou infidélité du transporteur. Notre page sur la conduite à tenir en cas d’avarie détaille la procédure de réclamation pas à pas.
Des documents fiables, une traçabilité qui ne laisse pas de zone grise
Un document de transport n’a de valeur que s’il est produit au bon moment, par la bonne personne, et conservé correctement. Chez Innovia Transport, transporteur B2B fondé en 1998, chaque enlèvement génère une lettre de voiture renseignée avant le chargement (nature de la marchandise, poids, nombre de colis), et chaque livraison se conclut par une preuve de livraison signée, archivée et transmissible sur demande. Ce niveau d’exigence documentaire s’applique quel que soit le véhicule engagé, du fourgon de 2,5 m³ au porteur ou à l’ensemble articulé, au départ de nos agences de Lyon et de Toulouse et sur l’ensemble du territoire français.
Pour un envoi dont la traçabilité documentaire est déterminante (valeur élevée, destinataire exigeant, contrôle qualité en aval), demandez un devis et précisez vos besoins de preuve de livraison : nous adaptons le niveau de suivi à ce que vous devez pouvoir démontrer.
Questions fréquentes sur les documents de transport
Quels documents sont obligatoires pour un transport de marchandises ?
Un transport routier de marchandises exige au minimum quatre documents : la lettre de voiture (nationale ou CMR à l’international, obligatoire avant l’enlèvement selon l’article R3411-13 du code des transports), le récépissé remis par le transporteur, les documents propres au véhicule et au conducteur (licence de transport, carte conducteur, contrôle technique), et la preuve de livraison signée à l’arrivée. Sans lettre de voiture à bord, le transporteur s’expose à une contravention de 5e classe.
Quelle est la différence entre une lettre de voiture et une CMR ?
La lettre de voiture nationale régit un transport dont le lieu de chargement et le lieu de livraison sont tous deux situés en France ; la CMR, convention relative au contrat de transport international de marchandises par route signée à Genève en 1956, s’applique dès qu’un transport routier de marchandises traverse une frontière et qu’un pays concerné est signataire de la convention. La CMR fixe en plus des plafonds d’indemnisation propres, exprimés en DTS (droits de tirage spéciaux), une unité de compte du FMI.
Qui doit remplir la lettre de voiture ?
L’expéditeur établit la lettre de voiture et y porte les mentions relatives à l’envoi (nature, poids, nombre de colis, adresses) ; le transporteur la complète à la prise en charge et la signe ; le destinataire la signe à son tour à la livraison, avec ses réserves éventuelles. En pratique, beaucoup de transporteurs préparent le document pour le compte de l’expéditeur, mais la responsabilité de l’exactitude des informations reste du côté de celui qui remet la marchandise.
Qu’est-ce qu’un bon d’envoi ?
Le bon d’envoi est le document interne que l’expéditeur remet au transporteur au moment de l’enlèvement pour identifier un envoi donné : référence client, nombre de colis, poids, instructions de livraison. Il n’a pas la valeur juridique de la lettre de voiture ni du bon de livraison signé à l’arrivée : c’est un document d’organisation interne, pas une preuve de remise ou de conformité opposable en cas de litige.
Que se passe-t-il s’il n’y a pas de lettre de voiture ?
L’absence de lettre de voiture à bord d’un véhicule effectuant un transport public routier de marchandises constitue une contravention de 5e classe, prévue par l’article R3452-44 du code des transports. Une lettre de voiture incomplète ou mal renseignée relève, elle, de la 4e classe (article R3452-46-1). Au-delà de la sanction, l’absence de document rend la preuve de la remise et du contenu de l’envoi beaucoup plus difficile à établir en cas de désaccord.
Comment formuler une réserve valable à la livraison ?
Une réserve valable décrit la conséquence constatée avec précision : la référence du colis ou de la palette concernée, la nature exacte du dommage et son étendue, par exemple « palette n° 2 sur 3, film étirable déchiré sur 40 cm, carton supérieur écrasé ». Une mention générale comme « sous réserve de déballage » ou « colis endommagé » n’a pas de valeur probante : elle ne permet pas de rattacher un dommage précis à la livraison.
Combien de temps faut-il conserver les documents de transport ?
L’entreprise doit conserver la lettre de voiture pendant deux ans, afin de pouvoir la présenter à toute réquisition des agents de contrôle, comme le prévoit l’article R3411-13 du code des transports. Les documents comptables liés au transport (factures, pièces justificatives) suivent en revanche la règle générale de conservation décennale de l’article L123-22 du code de commerce, applicable à l’ensemble des pièces comptables de l’entreprise.
La CMR électronique (e-CMR) a-t-elle la même valeur juridique que la CMR papier ?
Oui : le protocole additionnel à la convention CMR relatif à la lettre de voiture électronique reconnaît à l’e-CMR la même valeur probatoire que le document papier, dès lors que les parties au contrat l’acceptent. En France et dans l’Union européenne, son usage s’appuie désormais sur le règlement eFTI relatif aux informations électroniques concernant le transport de marchandises, applicable depuis le 21 août 2024, qui encadre l’échange de données réglementaires entre opérateurs et autorités de contrôle.
Qu’est-ce qu’un bordereau d’envoi ?
Le bordereau d’envoi est la liste récapitulative des marchandises confiées au transporteur pour un enlèvement donné : nombre de colis ou de palettes, poids, dimensions, références. Il sert de base au suivi interne et à la facturation, mais ne remplace pas la lettre de voiture : seule cette dernière fait foi du contrat de transport et de l’état de la marchandise à la prise en charge.